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lundi 1 août 2011

la porte horizontale


au seuil de la morte ils
sur le point de mais non
revinrent sur leurs pas
elle lavait la langue dans sa tombe
par crainte de lui adresser la parole
bénédiction de coccinelle
il n’en laima que davantage
à son épaule un papillon


. . . .P . . H . . O . . T . . O .  .  . . . : .  .  . . . V . . I . . N . . C . . E . . N . . T .  .  . . . L . . E .  .  . . . J . . A . . R . . D . . I . . N . . I . . E . .R. . . .



Vendredi j’ai enfin pu me rendre sur la tombe de Sophie Béra. Elle repose à l’emplacement 1922 du cimetière du Grand Saint Jean, route du Seuil, à Puyricard. Une tombe modeste, dénuée de pierre, ornée de quelques fleurs. La rencontre fut belle, l’échange direct et sincère, sans fioritures, de simples retrouvailles. Je n’étais pas seul. Je lui ai lu ce texte, et la muse tout près m’écoutait en silence. Religieusement.



Choisis une pierre, n’importe laquelle, choisis une pierre et observe-la. Prends conscience de la pierre. Écoute-la. Sois à l’écoute, sois tout à elle, oublie-toi en elle. La pierre te parle. Elle te parle d’elle mais aussi de toi. Elle te comprend. Tu es comprise par la pierre et dans la pierre. La pierre est une prière adressée à toi. Cette prière te touche. Comme tu touches la pierre. En touchant la pierre, tu te touches. Tu touches du doigt cette vérité ancrée en toi.: tu es la pierre au creux de ta bouche. Et tu salives. Et ta salive dissout la pierre pour libérer la prière que tu portes en toi.

mardi 1 mars 2011

fibre fébrile


Je viens d’apprendre par Nicole Diaz le décès de Sophie Béra (le 21 février). Toutes deux suivaient les ateliers d’écriture que j’animais l’année dernière à la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence pour le compte de l’association Cultures du Cœur — ironie du sort, Sophie Béra est morte d’un arrêt cardiaque. J’aimais beaucoup Sophie. Sous ses airs anxieux, elle cherchait toujours la lumière dans un monde qui lui paraissait souvent hostile (elle m’avait par exemple raconté qu’on lui avait volé son manteau alors qu’elle était hospitalisée). Elle y croyait, à cette lumière, elle savait qu’elle existait, qu’elle n’avait pas rêvé. Peut-être oubliait-elle parfois qu’elle la portait en elle.

Ou alors pensait-elle qu’on devait lui donner l’autorisation. En début d’atelier, elle avait souvent du mal à accepter mes consignes, comme si quelque chose en elle résistait, elle semblait ne pas vouloir comprendre. Alors je l’encourageais à faire ce que bon lui semblait, elle pouvait s’en inspirer, se les approprier, les contourner, les détourner. Et quelques dizaines de minutes plus tard elle me rendait plusieurs textes alors que les autres travaillaient encore sur le premier. Du coup, elle trouvait que ça n’allait pas assez vite.! Elle était vraiment charmante. Distinguée, mais aussi très angoissée. Ça se lisait sur son visage, entre ses lignes et ses bouffées de cigarette. Je crois qu’elle appréciait particulièrement les pauses durant lesquelles nous fumions. Elle avait besoin de se confier. Elle m’avait parlé de son fils, et je pense à lui, à tout ce qu’il n’a pas pu lui confier, à tout ce qu’elle lui confie maintenant. 

Il y a trois semaines, une personne que j’aime absolument mais dont je dois taire le nom (sans doute pour ça).* m’a fait passer un message de sa part.: Sophie lui avait demandé de me dire que la «.folie.» (le mot est d’elle) de mes ateliers lui manquait. Par cet hommage je la remercie de cette touchante attention. Elle était passionnée de théâtre, elle vient d’entrer en scène pour l’éternité.: la chenille était devenue chrysalide, la voici à présent imago. En pleine lumière. 

* Les choses changent si vite, ladite personne a décidé de s’exprimer justement à découvert (cf. commentaires).
 


La mort est un noir argenté qui pleure le deuil de sa veuve. La couleur de ses cheveux le rend lumineux tel un astre pâle, tellement émouvant de dignité et de retenue, malgré son chagrin. Il est à lui seul une leçon de vie. Soudain il me donne une impulsion.: ma vie change et je sautille sous l’emprise d’une adoration vitale.


Sophie Béra




Atelier d’écriture de la Planète des Signes à la bibliothèque Méjanes,
Aix-en-Provence, le 16 mars 2010, avec le concours de Cultures du Cœur.


dimanche 28 mars 2010

plus-je ?

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Plus je construis, plus mon voyage est ombragé, et peu à peu je pave mon aventure qui suit.

Marie-Ange H


Plus je pars, plus la nature est immense, et peu à peu je vois ma montagne qui apprécie.

Yolande


Plus je marche, plus le sentier est lumineux, et peu à peu je respire mon arbre qui regarde.

Marie-Odile


Plus je m’intègre, plus la foule est satisfaite, et peu à peu j’accepte ce pays qui me confond.

Sophie Béra


Plus je structure, plus la création est colorée, et peu à peu je réalise mon imagination qui retouche.

Noël Gallorini


Plus je cuis, plus la nourriture est blanchie, et peu à peu je gratine ma courgette.

Mawoussi


Plus je mange, plus ma petite table est devenue couleur nuit, et peu à peu je danse avec ma bouteille, puis je m’amuse seule.

Priscilla Bailly


Plus j’aime, plus la vérité est heureuse, et peu à peu je souris à mon affection qui vit.

Nicole Diaz


Plus je me relaxe, plus le lit est détendu, et peu à peu je masse mon sourire qui dort.

Narjès Hattab


Atelier d’écriture de la Planète des Signes à la bibliothèque Méjanes,
Aix-en-Provence, le 19 janvier 2010, avec le concours de Cultures du Cœur.


samedi 27 février 2010

l’or que le temps

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il s’est immobilisé, frigorifié
elle a chanté seule, oubliée
tout est devenu silencieux

Marie-Claire




je n’irai pas travailler
je marcherai sur l’eau
je vivrai seule sur l’île

il exprime son émotion
il me parle d’amour
elle me raconte une histoire

nous avions passé une bonne soirée à la mer

Fatima B Oran




J’irai m’asseoir sur ma tombe. Je me raconterai des histoires de lynx, pour ne pas oublier.

Je n’ai plus dans la tête que des histoires de bêtes, tristes, méfiantes et désabusées.

Il y a des milliers d’années, c’est ce que j’étais : un lynx aux yeux mordorés.


Marie-Ange H





je serai debout

je suis encore là

j'étais dans tes bras immobile

je ne serai plus là pour toi

la vague continue à déferler

les aiguilles de ma montre ne cessent de tourner

je me suis sentie épuisée

plus rien de nous ne restera

la neige devient glace

j'ai cessé de danser


Sophie Béra






tu seras toujours là

le bruit s’assoupira

nous aurons tout le temps


je m’arrête

je sens le monde qui bruisse

je me remplis d’espace


je ne l’ai pas senti

ça n’a pas duré

j’ai virevolté


je me suis envolée



Marie-Odile



Atelier d'écriture de la Planète des Signes à la bibliothèque Méjanes,
Aix-en-Provence, mardi 26 janvier 2010, avec Cultures du Cœur.


mardi 9 février 2010

la diagonale du tag

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Le Chevalier des miroirs inexistants


Quand le chevalier des miroirs se souvint des artistes éphémères aux créations éternelles, il songea à son rêve oublié, enfoui dans les profondeurs de l’inconscient.

Une vie en trompe-l’œil, des affaires qui se trament, des intrigues qui s’ourdissent dans un grotesque grand siècle.

Toujours à la lisière des vanités, prétentions exacerbées, syllabe noire de ses pensées, il parade dans les salons.

Sa dulcinée transparente, évanescente reprend forme. Son image se reflète dans le tain du miroir du château et y laisse une empreinte indélébile. Tag virtuel ou grotesque d’un autre temps ?

Perplexe, incrédule, il dévide la chaîne de son passé, la navette de ses souvenirs. Médusé, il se confond avec la tapisserie, espérant ainsi disparaître à jamais.

╭╮╭╮
Marie-Claire












Quand le chevalier des miroirs nous sortira de sa toile, moi Alicia accepterai de devenir une véritable dulcinée, une fleur que le teinturier suivant la diagonale transformera en faiseuse de chair. Entourée de faiseurs d’albâtre et de paysages imaginaires, enchaînée dans sa trame, serai immortalisée avec mon bien-aimé et les générations futures, témoins de notre hymen, contempleront de leur balcon le crapaud transformé en seigneur, et la chenille deviendra chrysalide.


Sophie Béra



Atelier d'écriture de la Planète des Signes à la bibliothèque Méjanes,
Aix-en-Provence, mardi 9 février 2010, avec Cultures du Cœur.


mardi 5 janvier 2010

sur la peau des bras ballants

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ÉVOCATION CACHÉE : IMAGINAIRE

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Dans un ciel, la vie est l'oreiller de notre évocation. Le hurlement et l'angoisse dansent. Lutter toujours avec ces deux mouches aveugles en attendant les transports de fureur. Tout se passe pour mon état solitaire à la découverte du parfum de l'enthousiasme. L'éboueur qui domine d'un regard la profondeur de l'ombre désarmante dévore de ses yeux ce contentement mystérieux. Mais les doigts translucides agrippent tous les artistes faisant appel avec précision à tant de chefs-d'œuvre ébranlés.

Aujourd'hui, encore une fois, tu vas mourir de froid.

Le merveilleux s'élargit traîtreusement… fragile… Je voudrais, dit-elle avec fièvre, développer mes pensées ruisselantes de confiance aveugle. C'est pourquoi elle n'attendit pas de cataplasme sur la peau des bras ballants. Soupirs ! Désormais, ne me parle pas de grosses bosses plaintives. Tout compte fait, joue ! J'ai finalement décidé que son nom ne franchira plus la paix des poussières saupoudrées dans cet arbre. Au fil du temps, tu ne dois plus le considérer comme l'Éden réintégré.


Sophie Béra, Noël Gallorini, Marie-Claire, Narjès Hattab, Jean-Bernard Thomas & Yolande.
Atelier d'écriture de la Planète des Signes à la
bibliothèque municipale Méjanes,
Aix-en-Provence, ce jour, avec le concours de Cultures du Cœur.