mercredi 20 octobre 2010

ellébore de la folie

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Alors que les pierres mettent d’habitude si longtemps à comprendre, il y en avait déjà beaucoup dans les champs qui savaient.
Ils rencontrèrent même un caillou qui, à un léger changement de couleur et de forme, les avertit qu’il était au courant.


Jules Supervielle



à l’assaut du sommet elle s’accroche à sa peine

omniprésente du rire aux larmes


la belle demeure épure et pure ivoire
claire
par elle m’aime
qui plonge
quitte à se perdre en son âme inquiète

comme d’autres rongent
leur frein serein


nulle inconscience ne m’a jamais autant ému

et mû quoi qu’on en juge


puisqu’elle me prend pour une énigme

je la délivre pour toute réponse

car c’est par nos deux ailes indivisibles

que nous avons chacun connu l’unité nue







libération des papillotages

.
Alors monta vers moi sur des formes factices,
Cette musique folle d’un très vieil univers

Et que je reconnus comme étant elle-même

Et l’essence et la source de toute aspiration.


Jean Paul Guibbert, Veines.






Dans la forêt des ancres le vent est son sang-froid. Il embrasse une voie mouillée de larmes et leurs amies les ruses pâlissent d’habitude. Les sangles sous le chemin des chiens contemplent le rivage de son corps et le réconcilient avec la bravoure profonde en signe de connivence.

Le monde vous accorde l’affection des mensonges. Son plus grand réconfort pénètre dans la lettre scellée de la nuit. La voilà soulagée, blanche et lisse dans les ruines des réjouissances à hauteur rompue.




Je vous ferai savoir comment les couleurs bousculent la paroi souillée de la conciliation que les étiquettes retiennent prisonnière. Faire l’amour avec l’univers aménage un repentir sincère dans le flot de vos propres paroles. Les terrains découverts par la force ont mis à l’épreuve l’union des corps que déchiffre la joie en un mouvement prémédité.

À la nuit tombée de violence et de colère trop longtemps menées, dans la forêt des ancres où l’arc perdit toute trace de vérité, j’irai sans vous donner personne. L’heure du miracle est arrivée au nom de l’amoureux déguisé en gibier.


〰〰〰〰〰☛photos : Vincent le Jardinier☚〰〰〰〰〰


samedi 16 octobre 2010

reddition limitée

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Tandis que les étoiles détendent l’autre joug,
nous passons le point nodal où tout se déjoue déjà.

Nos révisions prophétiques ont tranché
la perspective nerveuse et l’ouverture de la poche
a lâché ce que nous couvions.

Rien n’est gâché et, tout inutile que puisse paraître
l’intemporel Éros, l’éternité s’annonce dès aujourd’hui, ou jamais plus.




elle ensemble libre
a pilé plie
déplie l’exhalaison cenelle
exalte sa face mutine

à corroyer le loup elle en fit un hauban
du sommet de ses doutes elle contemple le plan

mais sa partie adverse la devance de plus belle
au cœur du souvenir transpercé qui la lance

l’élégance d’un ciel de milan sous l’averse contemple
trempée la plume détrompe l’âme à l’horizon

et je sais déjà ce qui se cache sous ta mort
puisque tu me l’as donné
à vivre

et je sais ce que renferment tes vivres
puisque tu me l’as donné
à mordre

enfin je suis celui qui se couche dans ta vie
comme je me suis donné je
an vibre





nos deux mondes en fusion
percutés de justesse
dévident la bobine des belles promesses
se trouvent au bout du fil
entre les fibres fébriles de nos membranes textuellement textiles
empiètent sur nos démons
notre démonstration

sous l’influx des astres
l’hypertrophie des fruits emporte le morceau de nos frictions fictives
l’inflexion des réflexes
l’affliction des complexes
au centre de nos demandes
la fission



l’entaille du réel par un débris de ciel
ouvre le puits des songes
où s’abreuve la meute éprise de vertiges

la borne de l’esprit circoncise
par nos souffles mêlés
délie la langue du délit

et par l’âme affûtée de la haute futaie à l’affût de l’hypnose
la fine initiation de notre autodéfinition tranche l’art de l’illusion

venons-en au faîte

le centre de la terre est le pivot de l’éternel retour
le ciel y fait sa ronde
veille sur l’univers en bas âge

des passagers clandestins ont sauté in extremis par-dessus le bastingage
et le langage n’en est toujours pas revenu
le pouls de la nuit en témoigne
qui bat décille l’obturation basse du front

le silence a pris feu
et leur marche nuptiale se diffuse dans les moindres pixels de la trame relative
jusqu’à l’ultime implosion

c’est le cri déchirant que tout un avait tu
il crève les crans pour nous rendre la vue


photos : Vincent le Jardinier 〰〰〰〰〰〰〰☛sculptures : Igor Mitoraj

vendredi 15 octobre 2010

le greffon de la nuit

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N’est-ce pas aisé à comprendre que l’homme soit l’ombre de l’ange ?

Joséphin Péladan, Théorie plastique de l’androgyne.





ciel à dire en onde
à dire entre la bouche et ton cœur
le message de la bouche est ton cœur
le cœur par la bouche

l’écriture
la corde du son
l’écriture nouvelle signe la nouvelle écoute la nouvelle parole
cette nouvelle écriture est entière parole

onde demande encre

voici la réponse qui se montre au jour
rebelle
certaine de son avance
l’écriture te cherche à genoux dans le temps ombre de bonté
la bonté aime l’écriture de ce jour

une occasion de voir courbe le monde

je suis à l’écart
le monde arrive
nouveau retour de la vie

la racine est comme toi
comme sauvage sève
la racine c’est toi coupée
pour que je sois greffé à elle

coupée parce que tu t’enorgueillis
naturelle de bonté sévère envers toi
mais il faut que tu continues à me greffer
naturelle sauvage coupée
à elle me greffer

naître secret pour une part de salut
l’écriture de l’alliance sidère le refus
elle pour le choix toujours aimé

être ce don
ange à l’appel
foi de ma passion

sérénité

.
Un énorme lézard, diapré d’un éclat vert émeraude,
poursuivit un papillon. Il se sauva en s’envolant dans l’éther.
Des ailes ! mais oui, des ailes !
Un jour, nous aussi nous aurons des ailes.

Hedwig Dohm, Deviens celle que tu es.






J’ai pleuré sur des vers de Rimbaud, de Baudelaire

Quelques nuits embuées de lueurs glacières, à avancer, sans but

À rencontrer à moitié ivre des perdus volontaires
Qui refaisaient le monde en croyant le défaire, en croyant le refaire

Je me nourris d’une utopie fertile, qui grouille dans ma cervelle
Comme les vers

J’ai mangé ma vie comme on tourne la manivelle
D’une boîte à musique, jusqu’à ce que le silence craque sous mes pas

De l’automne à l’hiver, j’ai vu des malsains maladroits
Rechercher lâchement un bonheur solitaire

J’ai goûté dans ma main une saveur d’amour
À ce goût aigre enfin qu’on reconnaît toujours

Celui qui passe

J’ai perdu l’amitié, j’ai gagné l’amitié
J’ai donné j’ai reçu, j’ai donné j’ai reçu, j’ai donné

De l’étoffe de soie à l’étable en bois, le seuil de ma porte, au diable la fierté
Manger des chips et du caviar, dans un pyjama sale

Qu’un jour je voie ce qu’il y a en moi
Comme sur une eau-forte

Elle représenterait un mirage
Une femme voilée
Avec les pieds dans l’eau, la tête dans les nuages

Ce ne sont pas ses ailes qui l’empêchent de voler
Mais ces étaux étroits qu’elle s’est créés

Forteresses

Infranchissables quand elles viennent du passé

C’est une pluie qui lave, qui mouille à l’intérieur
On a peur qu’elle transperce
Tant qu’on n’a pas péché, elle glisse, elle coule sur le corps
Nu

Comme un navire glissait, sur l’océan naguère
toutes voiles gonflées par le vent

Celui qui passe

La goutte de pluie peut être engloutie, chargée d’énergie malade
Par ce corps vibrant, d’ondes frénétiquement malades
Faut-il la transpirer ?

J’ai marché sur le sol de cette terre lointaine
J’ai foulé de mon pied ce sable chaud
Ébène
Je les ai vus

L’insouciance d’un temps qui passe en silence
et qu’on lit pourtant, parce que dans son sillage tout y est écrit, et sur leurs visages

Le livre du non-dit déploie ses pages, innocent
et exhibe obscène ce qu’on ne veut pas voir

Tout y transpire
Parce que tout ce qu’on peut lire
est écrit dans le sillage de la vie

Cette eau qui fait du rentre-dedans à l’intérieur
Qui veut sortir, par tous les pores, transpire la vérité, trahir la vérité

Quelques stigmates de vie coulent aujourd’hui dans mes veines
Faut-il s’en préserver ?

J’ai surfé sur la vague de l’« avoir l’air », de ce savoir-faire
qui ne fait finalement pas grand-chose, ou presque rien
Je me suis noyée, apnée trop longue de superficialité
On s’étrangle

Croyant couper mes chaînes, j’ai plongé dans l’ivresse
Bras tendu, corps gelé, le cri aigu d’une femme qui ne sait plus qui elle est

Je ne suis pas à la mode, jugez, jugez !
Je ne vous ressemble pas, courez, courez !

Emportée par le vacarme d’une incessante angoisse
Écartelée d’orgueil inassouvi, j’ai parcouru le monde pour un beau jour, capituler

C’est fini

Ça commence juste

Je ne veux plus être que ce que je suis
J’aimerai celui qui m’aime comme ça, et tous les autres

Je ne ferai rien d’autre que ce que je sais faire
Sans provoquer la vie, sans aller la chercher, sans chercher à me taire

D’une main tendue on peut sauver le monde
Mais qui peut nous sauver quand on semble perdu

Je voulais bâtir sur mes forces
J’avance aujourd’hui avec mes faiblesses, sans chercher à refaire

Casser les forteresses stériles, qui semblaient protéger
Avancer vierge, férue de vérité

Savoir que le bonheur est un moment infime
Mais que ces moments-là s’enfilent comme des perles sur un fil de soie

Et que les perles cassent, et que le fil casse
Faire attention

De cette précarité-là que naît l’émotion
Peut-être… juste de soi

De la sérénité naît l’intuition,
C’est une voie royale, que j’emprunte aujourd’hui

Sereine de vie, sereine de mort, sereine d’amour, sereine de moi
Merci



des signes qui ne trompent pas

.
l’agrément des pointes blanches au cœur d’une suite royale
hérisse harasse arrache le mauvais poil arachnoïde

elle qui professe les lettres a perdu la voix
et lui décolle dans le décor floral caresse

le cœur de l’arbre horloger s’use aux éons d’un accord ne tenant plus
de là se dessinent les nouvelles trajectoires

certaines s’ignorent
d’autres maugréent
quand la plupart se couvent du regard

en roue libre le feu de l’espoir diffuse un sang de dragon
dont les effluves échevelés s’empêtrent dans les branches du vieux chêne témoin
seules quelques gouttes et c’est le lierre qui s’élance loin des murs

l’édition commune de l’origine décrispe nos points d’interrogation

épure tant elle tourne

.

Pourtant il faudra bien

_______encore une fois

Ouvrir sa main

Réviser les grandes lignes

Tutoyer les signes

Empoigner l’avenir verrouillé

et les grands astres

désastres et fatras de karma

viendront à nouveau

manger dans nos mains

lavées de tous les soupes-sons

les murs du silence

s’effondrent en silence

les parallèles se rejoignent

pour la grande osmose

secrète

la

seule

qui soit

con-crète



Raphaëlle Sellès
italique : Jean-Bernard Thomas